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Livre II – Ep. 01 « Incipit, Écheveau et Chat. »


Publié le septembre 24th, par Pouhiou dans Chapitre 01 : "Poussée vers le haut", Livre II - Épisodes. 4 commentaires

Livre II – Ep. 01 « Incipit, Écheveau et Chat. »

« Ce qu’il te faudrait, c’est un bon incipit. »

La plupart des gens se regardent parler. Se bercent dans le rythme de leurs mots jusqu’à en oublier le sens même de leurs dires.

Enguerrand n’est pas de ceux-là. Il ne se narcisse pas l’égo à regarder ses palabres. Non.

Il regarde ses mains parler.

« Oui, un bon incipit. Un début où l’on comprenne de suite toute l’histoire. »

Cela donne un sentiment étrange. Mitigé. Ce jeune homme brun, aux traits aquilins, présente un physique quelconque enrobé dans un léger embonpoint. À le voir, qui pourrait se douter qu’il fait partie des huit NoéNautes, ces télépathes branchés sur la conscience collective apparaissant sur terre tous les quatre-vingt huit ans. Pourtant, ce semblant de banalité ne donne pas le change bien longtemps. Quelque chose cloche. Ses mains.

« Il faudrait que tes lecteurs captent direct que les NoéNautes se sont entredéchirés. Et que c’est pas leur faute. Qu’ils ont été genre programmés  pour ça. »

Il y a un détail qui ne cadre pas. Ce jeune homme animé, vif, complètement habité par sa logorrhée, a le regard dans le vague. Ses yeux divaguent au niveau de ses mains. En l’observant avec attention, on perçoit ce léger tremblement de la pupille de ceux qui ont le regard ailleurs, intérieur.

« Ne va pas les emmerder avec la noévision. Aller décrire comment les idées et les histoires sont des fumerolles de couleurs, c’est hyper casse-gueule dans un premier épisode. »

Enguerrand est habité par son histoire. Les mots qui sortent de sa bouche. Ses pensées le fascinent car il les regarde franchir ses lèvres pour devenir volutes colorées. Des fils éthérés et diaphanes qu’il tisse entre ses doigts, tel un écheveau aussi complexe qu’évident. Voilà pourquoi son attitude semble paradoxale. Pour les joggeurs qui passent devant son banc, Enguerrand est un geek un peu dingue qui a une discussion passionnée avec l’air qu’il tient entre ses doigts. Pour les personnes avec qui il partage son banc, c’est un narrateur-né qui prépare avec habileté un conte bien ficelé.

« Bien sûr, il va falloir perdre un peu de temps sur les noétiens, les pseudos-serviteurs qui en fait nous montaient les uns contre les autres pour pas qu’on–

-Sérieusement ? Le lycra rouge est de retour ? Rho les années 80 c’est mon enfance… Si elles commencent à mouler de jolis petits culs, je vais me sentir sale. Oh pardon Enguerrand je t’ai coupé. »

Le sourire de Nicolas est désarmant. Assis sur le banc aux côtés d’Enguerrand, ce jeune blond à la musculature élancée fait sa gueule d’ange. Une double rangée de dents qui annoncent clairement « Oui. J’ai tout fait pour te déconcentrer. Et ça m’amuse. Mais… je suis mignon. » Un faciès si adorable qu’il déconcentre monsieur lycra rouge, le faisant trébucher sur une aspérité de la berge. Nicolas prend acte de cet hommage d’un rire franc, qui résonne le long du canal, faisant s’envoler quelques oiseaux au loin.

Enguerrand lance un regard en direction de Nicolas, retrousse sa lèvre supérieure pour signifier qu’il a bien entendu et reprend de sa narration le fil qui dans sa tête (et ainsi entre ses mains) n’a jamais été coupé.

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Enguerrand, plutôt que de prendre la mouche et me disputer avec toi la paternité du livre I… Je vais profiter de cette occasion pour rappeler que #Smartarded sort le 1er octobre aux éditions Framabook. (Note du Pouhiou)

« Bon. Va pas t’embêter non plus à tout expliquer de comment on a battu la chef des noétiens et comment j’ai trahi tous les autres, tout le bordel… Si ça les intéresse, tes lecteurs pourront toujours acheter le livre de l’autre, là, qui se gave sur mon travail. Non, l’important, c’est que tous ceux qui se connectent sur le blog comprennent bien que les maisons des NoéNautes ont été financées. Que les noétiens ont été embauchés et formés. Et que derrière toute cette organisation il y a des gens. Et plus les internautes croiront que ton histoire est vraie, plus ça emmerdera les Descendants. »

Entre ses mains, l’histoire qu’il tisse se densifie. Il y a quelques monologues, elle ressemblait encore à ces ficelles colorées qu’on emberlificote dans nos doigts en espérant un jour se souvenir de la figure qu’on a jamais réussie. Puis elle est devenue une sorte de pelote. Désormais, elle ressemble un peu à ces balles faites de milliers d’élastiques s’encerclant les uns les autres. Une histoire dense, complexe, dont il se verrait bien le cœur.

« Surtout, ce qu’il ne faut pas, c’est que tu annonces direct qu’on est de retour à Toulouse. C’est le meilleur moyen pour qu’on se fasse emmerder. »

En contrebas, le canal du midi. Un chat se prélasse sur les caillebotis encore chauds d’une péniche.

Enguerrand tend la boule d’histoire à la troisième personne sur son banc. Elle saisit la balle au bond.

« Tiens, prends. Si tu fais comme que je te dis, ça devrait être un bon début. »

#poursûr. #doigtd’honneur.

La balle faite des bribes de notre histoire va voler au loin, sur la berge.

Le chat la poursuit.

Épisode suivant


Le succès de ce roman ne dépend que de toi.

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  • http://www.facebook.com/profile.php?id=100001171623325 Carole Lafon-roudier

    Haaaaa trop contente de rependre le fils de l’histoire d’Enguerrand et Nicolas…. ça me manquait !!!

    • Pouhiou

      Malgré les tensions ente Enguerrand et moi-même… Oserais-je dire qu’à moi aussi ?

  • Trium Erutapoki

    Le lien vers l’épisode deux est moribond, tenancier, dispensaire d’histoires, blogueur (diable, ce mot est laid), je vous saurais gré de le ramener parmi les vivants.

    • Pouhiou

      Pardon et merci, c’est réparé.
      Moi non plus je n’aime pas trop le mot « blogueur ». Je crois qu’Enguerrand m’appelait ainsi avec du mépris dans ses phrases.
      Je rêve qu’un des personnages commence à m’appeler « le Taulier ». Ça, ça aurait de la gueule !