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Livre II – Ep. 04 « Marchant, Daleks et X-Wings. »



Livre II – Ep. 04 « Marchant, Daleks et X-Wings. »

-Moi vivant, il est hors de question que je monte dans un Multipla.

-S’il suffit de te tuer, ça peut s’arranger, Enguerrand…

Poussée vers le haut

Photographie illustrant la Poussée vers le haut CC-BY-SA Noëlle Ballestrero. Retrouvez les oeuvres de Noëlle sur son site web.

-Tu imagines deux secondes le genre de film dans lequel tu nous fais tomber ? Des méchants qui libèrent leur copine de taule et démarrent en trombe dans un Multipla ça fait mauvaise comédie de TF1. Genre le téléfilm pourri avec pour star un vieux comique has-been. T’as pas trouvé plus voyant, comme caisse ?

Là, Enguerrand sait qu’il a gagné sa scène de ménage. Les voitures modernes donnent l’impression d’avoir été toutes dessinées sur le même modèle. Par une Amélie Poulain étirant lentement un cube de pâte à modeler dans le plat de ses mains. Pour faire un Multipla, faut juste qu’Amélie choppe le hoquet. Ou une crise d’épilepsie. Ca donne une voiture si moche et voyante que seuls les taxis osaient l’acheter. Hors de question que notre équipée roule dans un véhicule aussi voyant. Enguerrand l’a compris. Nicolas aussi sait qu’il a perdu sa scène de ménage. Mais il tente quand même l’appel à un ami.

-Madame M, Cassandre, dites-lui qu’on n’a pas le temps de jouer aux esthètes !

-Mon grand, tu vas ranger cette horreur à sa place, et tu nous dégotes un Kangoo fissa ! N’est-ce pas ma pitchounette ?

#poursûr. #FileEnChercherUneAutre.

Quelques minutes et 21 grammes de graisse plus tard, madame Marquet place avec précautions son sac à dos Atari dans un Kangoo. Sous le regard rétrovisé d’un Nicolas préparant visiblement un sale coup de sale gosse. Il finit par démarrer en trombe. En klaxonnant une cucaracha tonitruante. Trois paires d’oreilles sont agressées par ce son directement importé des années quatre-vingt.

#FacePalm.

Face Palm

Décrit le geste de se taper le front du plat de la main, lors d’un grand moment de dépit ou de désolation.

Il y a onze ans, à Toulouse, une usine explosait. #AZF. Juste en face se trouvait un hôpital psychiatrique vieux d’un siècle et demi. À l’époque, tous les bâtiments modernes de cette structure ont été soufflés par l’explosion, laissant seuls debout les édifices du XIXe siècle et un personnel soignant sonné.

Onze ans plus tard, l’hôpital Marchant a été reconstruit. Avec un petit ajout : l’UHSA. L’unité hospitalière spécialement aménagée. Une construction circulaire dont l’architecture ressemble douteusement à un logo des X-men. Un bâtiment bonus, un cadeau doublement enrubanné de clôtures hautes et barbelées. Une prison de soins psychiatriques, où sont enfermés des criminels ayant un chouïa déraillé des neurones.

Pour l’atteindre, il faut contourner l’arche d’entrée par la gauche, dépasser le château d’eau, et s’arrêter à l’interphone. Là, il faut regarder Nicolas implanter une idée à distance dans l’homme qui peut ouvrir le portail du parking. Cette idée traîne quelque part, dans la noosphère. Les yeux de Nicolas se troublent légèrement quand il regarde comme ça la noétie. Ca y est : il la voit. De ses deux doigts, il fait glisser cette fumerolle rougeâtre, comme il caresserait l’application d’une tablette. Il n’a pas besoin de faire ce geste, mais il est beau. En dessinant quelques arabesques dans l’air, il caresse l’idée jusqu’à ce qu’elle rejoigne la tête du gardien.

Imagine que nos têtes soient entourées d’une pelote d’idées. De pensées si denses que leurs fumerolles forment un magma compact. Au dessus de cette sphère se trouve une sorte de gros entonnoir, plus ou moins ouvert. Il te permet de recevoir les idées du monde d’où elles viennent. La Noétie. La Noosphère. Il suffit de glisser une idée dans cet entonnoir pour qu’elle s’engouffre dans ton esprit. Les NoéNautes appellent ça inceptionner leurs prochains.

Mais quand tu peux pas laisser le temps à l’idée de s’imprégner en toi, quand tu veux pousser quelqu’un à agir selon ta volonté, alors il faut déplacer l’idée. Avec force. Créer un déséquilibre. Et en subir la conséquence. Une idée pèse 21 grammes de gras. La déplacer en l’autre, c’est faire jouer le système des vases communicants. Perdre 21 grammes de gras. Bourrelet. Cellulite. Couches adipeuses. Et s’il ne te reste rien de tout cela : cerveau. Moelle osseuse. La peau de tes cellules. Un NoéNaute potelé avec un goût prononcé pour la junk food est un être d’une grande puissance.

Le Kangoo se gare dans le parking sécurisé. L’équipe entre dans le bâtiment, résolue. ils savent ce qu’ils ont à faire. Cassandre neutralise le personnel : 147 grammes. Nicolas oblige un gardien à les mener à la cellule : 42 grammes. Enguerrand couvre les arrières de Madame Marquet et de ses diversions : 126 grammes. De son sac à dos, la concierge sort les gâteries qu’elle a confectionnées. Une demi douzaine de Daleks explosifs cuisinés maison sont disposés sur les serrures sécurisées. Sans compter les quatre gros X-Wing égrenant leur minuteurs sur la clôture arrière du parking.

#Flashes. #Alarme.

Ca y est, Nicolas a récupéré le colis. Il court dans les couloirs accompagné de Cassandre, son paquet échevelé brinquebalant sur son épaule musclée. Au détour d’un croisement, Enguerrand et Madame Marquet les rejoignent. Celle-ci fait le décompte entre ses dents. Trois… Deux… Un…

#Vibrations. #LeSolTremble.

Les portes de prison nous barrant la route sont neutralisées. L’équipée court vers la sortie. Sur le parking, Enguerrand lance derrière lui les écrans de fumée moulés dans des rouleaux de papier hygiénique tandis que Miss Marquet passe un coup de fil à l’Alliance Rebelle.

#Souffle. #Détonation.

Les X-Wing ont eu raison de la clôture arrière du parking, celle qui mène à la voie ferrée.  Protégés par un écran de fumée, ils se jettent dans le Kangoo qui démarre en trombe. Nicolas connait le chemin. prendre à droite, rouler sur le chemin de fer, cinquante mètres plus tard tourner à gauche, défoncer un portail et filer sur le périf.

L’adrénaline, quand elle retombe, laisse quelques sueurs froides et une douce euphorie. Enguerrand reprend son souffle, remet sa chemise, et avise la femme décoiffée et salivante qui reprend ses esprits sur la banquette arrière.

-Alors Audrey, contente de nous revoir ?

-Vérand’a, vérand’a elle sait ils savent elle s’appelle maintenant Vérand’a- moi c’est ilssavent c’est bon c’est moi c’est…

-Mouais. On va espérer que ce sont les médocs, donc.

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