Livre II – Ep. 06 « Narratrice, Amel Bent et Rébellion. »
Et voilà. Cela n’aura pas duré bien longtemps. La supercherie, le romanesque. Faire de ces épisodes une vraie fiction. Elle a pourtant pris soin de ne pas trop dire « je ». De parler d’elle à la troisième personne, comme on se pointe du doigt. Elle a pourtant pris soin de ne pas s’adresser directement au lectorat. Ou alors très vite et en espérant que cela ne se remarque pas. Mais il a fallu que Vérand’a la dénonce. Me dénonce.
Acrylique sur bois de Gwenn Seemel. Cette artiste talentueuse est de plus une source d’inspiration aussi souriante que pertinente sur les questions de copyright. Va donc découvrir ses oeuvres et ses pensées sur son blog, et/ou en la suivant sur twitter.Queer Queen
Bonjour, je m’appelle Cassandre, et je suis ta narratrice.
Et, tout à ta lecture, tu as le devoir de répondre d’un ton monocorde et collectivisant : « Bonjour, Cassandre ».
#poursûr. #cestmoiquiecrit.
J’avoue que j’en veux à Vérand’a. Si j’ai essayé de commencer cette nouvelle histoire comme un vrai roman, c’était pour épargner ton égo. Car, une fois encore, tu n’as que peu d’importance. Nous nous servons de toi comme d’un simple outil. Tu n’es qu’un regard. Un témoin. Le silence lourd d’une manif’ de muets. Un chœur antique bâillonné.
Je ne voulais pas avoir à te dire tout cela. Et à te rappeler que ceci n’est pas une histoire vraie.
Ce n’est que l’histoire que je vais te raconter. Et je vais te mentir, tu sais. J’ai même déjà commencé, ne serait-ce que par omission. Ce n’est pas pour rien que, lorsque nous couchions encore ensemble, Enguerrand m’appelait sa « Traîtresse ». Non pas que je sois mauvaise, non… Mais, telle Jessica Rabbit, j’ai juste été dessinée comme ça.
Te voilà donc, chère lectrice, cher lecteur, témoin volontaire d’une vendetta. Une rébellion. Plus Star Wars que Amel Bent, #maistoujourslepoinglevé. Si nous avons repris la parution de ce blog, c’est dans un but très clair : annoncer que nous montons au front. La décision remonte à deux, trois semaines, tout au plus. Nicolas et moi devisions dans la voiture.
-Cassandre, tu aimes bien écrire, toi, non ?
-Si c’est de l’humour, Nicolas, c’est minable.
-Non mais tu te souviens du blog qu’Enguerrand a tenu la dernière fois ?
-Oui, tu me l’as fait lire.
-Ben on s’est dit que ce coup-ci ce serait pas mal que tu le reprennes. Histoire que les autres sachent ce qu’on fait. Et histoire de faire flipper les Descendants. Tu sais qu’ils n’aiment pas qu’on lave le linge sale en public.
-Pourquoi vous ne le reprenez pas, vous ?
-Parce qu’Enguerrand il peut plus piffrer le blogueur, et moi… moi il vaut mieux pas.
Droit de Réponse
Cassandre, je ne te connais que peu, mais voilà que je t’aime déjà. La « maternité » du blog ne me concerne pas vraiment, déjà que j’ai du mal avec sa paternité… Sache que ton secret est sauf avec moi. (NdP)
Pouhiou, je me permets de m’adresser à toi directement, tu sauras me répondre dans une de tes petites notes. Si je compte continuer de manipuler tes pensées afin que tu ne saches rien de notre vérité, je ne te disputerai pas la maternité de cette histoire. Ton blog et notre rébellion ont des buts tellement divergents qu’il leur est tout à fait possible de coexister sans heurts.
Voilà donc près de trois mois que nous nous préparons. Trois mois que nous étudions le livre des légendes de la noétie. L’ouvrage en chinois ancien qu’Enguerrand et Nicolas ont volé à la maison Jaune. Le document fondateur des cinq maisons. Trois mois que nous apprenons tout ce que nous pouvons sur le fonctionnement du noésismographe, cet appareil antique résonnant les vibrations du monde des idées. Trois mois que nous accumulons techniques, armes et astuces pour manipuler la noosphère à notre avantage.
Mais surtout : voilà trois mois que nous échafaudons tous les plans possibles et imaginables pour combattre les Descendants. Des plans qui nous ont mené à demander de l’aide à Madame Marquet. Car Madame Marquet va aux réunions des originaux anonymes. Des gens qui ont passé leur vie à ne pas faire comme tout le monde et qui veulent s’en soigner. Des gens comme Georgette Richards. Mère de Vérand’a Richards.
-Les Descendants ? Vous voulez vous en prendre au Descendants ? Vous êtes encore plus tarés que ce que j’imaginais. Nicolas, tu vas pas les laisser…
-Réfléchis un peu, Vérand’a. Qui, tous les quatre-vingt huit ans, recrée les maisons de la Noétie ? Qui monte les écoles ? Qui recrute les Noétiens ? Dans la maison Jaune, c’est toi qui étais leur contact. Moi, il ne m’ont jamais fait confiance. Si on veut gagner notre liberté, ce sera forcément à travers eux. Sinon ils vont te remplacer, recruter de nouveaux Noétiens, et tout sera à recommencer.
-Tu me demandes quand même de trahir les miens, là. Il me tiennent en haute estime, tu sais…
-Ah bon ? Parce que te laisser croupir à l’asile c’était de l’estime de leur part ? J’ai hâte de voir ce que donne leur admiration, dis donc. T’inquiète, on sait où on met les pieds.
-Vas-y, Nicolas, rigole. Tu sais pas où tu me demandes de t’emmener. Juste un conseil : fais des stocks de préservatifs, là où on va, tu en auras besoin.
Le succès de ce roman ne dépend que de toi.
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